le xv3 blog

#LaChroniqueDeBasile :    #Georgio – #XX5

Il en a fait du chemin le petit Georges qui rappait sa rage et son désespoir sur la mixtape Une nuit blanche pour des idées noires, sortie en 2012. A cette époque l’inspiration venait du tieks, et le flow mécanique lorgnait vers les grands, comme Hugo TSR.

Petit à petit, Georgio a évolué et expérimenté d’autres parcours, se mettant par exemple à « chante[r] dans ses putains d’refrains » comme il l’affirme sur le track Héros de son premier album, Bleu noir paru en 2015. Son deuxième album, Hera, poursuivait les expérimentations musicales, s’orientant encore plus ouvertement à des sonorités très pop et, malgré quelques bons morceaux (Svetlana et Maïakovski, L’espoir meurt en dernier), on restait carrément sur notre faim.

Ce début de carrière de Georgio est donc oscillant. On peut saluer chez lui un certain courage dans sa volonté de s’affranchir de certains codes et de tenter des expérimentations musicales mais il faut avouer que d’une part les prises de risques ne sont pas non plus démesurées et d’autre part le résultat n’était pas vraiment au rendez-vous.

Que peut-on donc attendre de XX5, troisième opus, paru le 23 novembre dernier ? Les deux clips proposés avant la sortie de l’album (J’en sais rien, Hier) donnait l’impression d’un Georgio revenu aux sources, le clip Hier étant même un clin d’œil à sa courte – mais déjà riche – carrière. Pourtant le rappeur nous prend à contre pied et propose ici un album long (18 titres) et qui se propose d’approfondir les pistes qu’il avait déjà commencé à creuser lors de ses deux précédents albums. Une sorte de bilan musical, mais aussi un bilan de sa vie.

Je préfère prévenir, il faut s’armer de patience pour aborder XX5 tant certains titres sont calibrés, comme si le MC avait voulu contenter le large public qu’il s’est constitué. Du coup on retrouve quelques tracks pensées pour des passages radios, avec des refrains qui se veulent entraînant et des textes assez faciles. Si certains de ces morceaux sont réellement efficaces et on sent que Georgio maîtrise le sujet, comme ce super Monnaie et son refrain bien trouvé ou Miroir, plutôt [efficace], d’autres sont clairement ratés, à l’instar de Seul ou Aujourd’hui, qui marquent surtout par leur platitude.

Pourtant, certaines envolées musicales qui s’éloignent clairement du rap, sont de vrais moments de grâce. C’est le cas d’Akira, sorte de piano-voix amélioré et contemplatif, où les nappes de voix et cette instrumentale lascive nous bercent dans une atmosphère particulière, mais bien réelle. Lorsqu’on écoute ce morceau on se rend compte du potentiel de Georgio à s’affranchir de certains codes musicaux pour explorer ses propres envies.

Une fois dépouillé de ses artifices et potentiels tubes on se retrouve avec beaucoup de morceaux de bonne facture, tant sur le plan technique que sur celui de l’écriture. Georgio nous parle essentiellement de lui, de ses souvenirs d’une adolescence en dents de scie, de sa situation actuelle, lui qui désormais vit de la musique mais reste dans une situation précaire, ce qui lui fait appréhender le futur. Le quartier n’est jamais très loin, mais Georgio y porte un regard distancié, comme dans Ca bouge pas, sorte de dialogue avec un ami à lui qui symboliserait le quartier et ses vices. Si ce morceau, ou encore J’roule nous rappelle le Georgio des premières mixtapes, il devrait se méfier car à trop vouloir insister sur les aspects sombres, le rappeur se place parfois dans une position surplombante et quelque peu moralisatrice.

Le propre de l’écriture de Georgio serait de toute façon cette sorte de franchise, voire de naïveté qui, si elle trouve parfois ses limites, rafraîchit tout de même nos oreilles, comme boire un bon smoothie après avoir abusé de la 8.6. Pour autant le boug’ sait aussi se faire ironique, et prendre de la distance sur sa position, comme il le rappelle dans J’en sais rien : « Ma poésie maudite pour 15 eu dans les bacs ». Cette sorte de distance est salvatrice car elle évite l’écueil de la position du poète maudit qui pourrait très vite coller à l’image du jeune rappeur. Par ailleurs certains morceaux, comme J’me couche et ce storytelling d’une soirée cocasse, offre aussi une autodérision qui se déguste facilement.

Quelques (rares) featuring viennent aérer cet album en offrant d’autres manières de kicker et de s’approprier des instrus assez pop. C’est intéressant de voir par exemple un Isha monstrueux sortir de ses sonorités habituelles dans Dans mon élément. Même si sa présence est incongrue, le rappeur belge prouve encore qu’il survole le jeu en ce moment, avec cette espèce de flow machouillé qui contrebalance le côté un peu scolaire de Georgio, notamment sur ce morceau. L’autre featuring, beaucoup plus habituel est celui de Vald, qui a croisé le mic’ avec Georgio depuis un certain temps maintenant. Si la complicité est toujours présente (et ça fait toujours plaisir de sentir que deux rappeurs s’apprécient humainement juste en les entendant) le couplet de Valentin est un peu paresseux et nous laisse sur notre faim.

Avec XX5 Georgio continue sa mue, musicale et personnelle, gagne en maturité, mais perd parfois en impulsivité, ce qui nous frustre en temps qu’auditeur. On ne peut que lui souhaiter de réussir, vu comme le personnage est attachant, mais on ne sait pas du tout quel sera son parcours et si nos oreilles le croiseront encore. Cela dépendra probablement de la musique qu’il décidera de faire, à moins qu’il oscille toujours parfois pour le pire mais souvent pour le meilleur.

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