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#LaChroniqueDeBasile : #Flynt – #Çavabienspasser

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Depuis 6 ans, Flynt s’était fait discret apparaissant en feat et sur des compilations, mais de manière épisodique et précieuse. On devinait que le bonhomme n’avait pas perdu sa plume et on se languissait de la sortie d’un album qu’on imaginait travaillé comme une pièce d’orfèvrerie, habitués à des textes ciselés dans le classique J’éclaire ma ville et le très bon Itinéraire bis. Les deux morceaux sortis avant l’album annonçaient un changement de direction artistique, prêt à faire couler de l’encre. Retour sur un disque dense, sombre parfois naïf, mais extrêmement juste.

Une évolution forte sur la forme et légère sur le fond

C’est dans Joga Bonito, et plus précisément dans le premier vers : « J’entends déjà les critiques, je m’en bats les couilles » que Flynt fait son coming out musical. Bpm ralenti, inspiration trap et le flow qui va avec, le MC du 18ème prend son auditoire à contrepied. Mais si le flow s’est adapté, l’écriture reste toujours aussi tranchante, et Flynt ne se perd pas en gimmick, et continue ce qu’il sait faire de mieux, à savoir une écriture posée et qui prend son temps pour se déployer. D’ailleurs si les placements ont évolué, ce n’est pas le cas de la voix et du phrasé, qui reste dans la lignée des deux albums précédents. Flynt ne hausse pas la voix, ne joue pas l’énerver et débite ses textes de manière posée. Si la couleur musicale change, on constate donc que le personnage qu’on a connu au début des années 2000 est toujours le même.

En revanche, dans le fond des textes, on perçoit une évolution chez le rappeur. J’éclaire ma ville et Itinéraire Bis étaient des albums intimes, où les questionnements étaient extrêmement présents, et Ca va bien se passer ne déroge pas à la règle. Comme Flynt se dévoile dans tous ses textes, en six ans bien des choses se sont passées dans sa vie et l’évolution est donc logique. On entend moins parler de rap et d’indépendance, plus du travail et des relations amoureuses et familiales. On écoute un disque plus sombre aussi, qui évoque un homme et ses doutes aux environs de la quarantaine, quand la musique n’a pas tout à fait rencontré le succès qui permet d’en vivre et que l’on alterne avec les périodes de boulot (Ca va bien s’passer, Avant les regrets), que ça nous fait déprimer et joue sur nos relations amoureuses (À partir d’aujourd’hui, Pages blanches nuits roses).

Chroniques des désillusions

Une des illustrations de l’évolution de la mentalité pourrait se faire en comparant J’en ai marre de voir ta gueule, présent sur Itinéraire Bis et Avant les regrets, une des plus belles chansons de cet album. Dans la chanson de 2012 , l’affirmatif était de mise puisque Flynt clamait haut et fort “j’veux partir en vacances, quitter la France”, alors qu’aujourd’hui c’est le négatif qui prime, en témoigne les deux premiers vers de la chanson :

Je n’veux pas aller travailler demain, je n’voulais pas y aller aujourd’huI
Encore une journée loin des rêves, loin de ce que j’aimerais faire vraiment
(Avant les regrets)

Peut-être est-ce parce que la situation sociale s’est dégradée, comme l’atmosphère pesante de Dos rond le souligne. Peut-être est-ce aussi les drames personnels qui plombent l’ambiance, comme dans le magnifique Chanson pour ton fils où, dans un exercice de piano/voix extrêmement réussi, Flynt s’adresse au fils d’un ami décédé. Toujours est-il qu’au sortir de ce CD on se sent pris d’empathie pour un artiste qui a mis ses tripes et ses doutes au format mp3.

Pour autant, si la couleur dominante de cette album est plutôt grise, certains morceaux sont beaucoup plus énergiques, même si grinçants, plus optimistes ou drôles. Sur D.A Flynt croise le fer avec la nouvelle génération (Sheldon et Sopico qui nous fait un couplet monstrueux) sur le thème de l’indépendance (toujours!), comme une sorte de passage de relai. Mais l’ancienne génération est là aussi, en la présence de Nasme pour le solide Calme et posé. Enfin, nombreuses sont les références au football tout au long du disque. Classique, me direz vous pour un supporter affirmé du Psg et qui s’y référait déjà avant. Mais le climax de ces citations se situe dans la dernière track de l’album Champions du monde. Dans cet ovni, Flynt narre le parcours des Bleus en Russie, dans le plus pur style du commentaire journalistique. Si le résultat laisse un peu pantois, on salue la prise de risque et le frisson forcément ressenti lorsque nous nous replongeons dans ces heureux moments.

Nous voilà donc en présence d’un disque qui déroute parfois, mais souvent dans le bon sens. Au regard de la profondeur des textes il faut de toute façon du temps pour l’appréhender dans toute sa complexité. Le temps nous dira probablement s’il traversera les âges comme l’ont fait les deux albums qui le précèdent. On a en tout cas hâte de voir Flynt le défendre sur scène avec Nasme comme backer, notamment le 5 décembre prochain à la Machine du moulin rouge, à domicile.

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